Agoraphobe, Muriel surmonte son agoraphobie
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Agoraphobe, Muriel surmonte sa phobie pour mener une vie hors du commun

Depuis quelques années déjà, je suis le périple de Muriel, Christophe et leurs enfants à travers leur blog. En tant que famille nomade digitale, Muriel partage leur quotidien hors des sentiers battus. Sa particularité ? Reconnue agoraphobe depuis des années, elle n’était pas prédestinée à vivre de telles aventures.

Quand j’ai pensé à créer cette catégorie sur le blog, Muriel a fait partie des premières personnes auxquelles j’ai pensé pour réaliser une interview. Son histoire si particulière ne peut que t’inspirer et te motiver à repousser tes limites !

Bonjour Muriel, peux-tu te présenter en quelques mots ? 

 

J’ai 3 enfants, Léna, 9 ans, Lissandre, 7 ans et Jona, 2 ans. Je suis une mère comblée et heureuse, après des années de bataille contre ma prison dorée, l’agoraphobie.

 

Le nom de ta page et de votre voyage en famille est « Agotrip », quand as-tu su que tu étais agoraphobe ? 

 

Je l’ai su vers 18 ans. C’est ma mère qui a pris rendez-vous pour moi chez notre docteur généraliste. Je faisais beaucoup de crises de panique, mais je ne pensais pas que c’était une phobie. Je faisais de réelles crises, avec un corps qui tremble, des sueurs, des vertiges voire des pertes de connaissance.

 

Agoraphobe, agoraphobie

 

Comment cela se traduisait au quotidien quand tu étais encore sédentaire ? 

Peu à peu, au fil des crises, je me suis renfermée, car j’avais très peur de refaire des crises. J’ai commencé à éviter la faculté, les bus et les trams, puis la ville en général. Les sorties avec les amis étaient limitées. J’ai réduit au fil des mois mon périmètre de vie, jusqu’à ne plus sortir du tout de chez mes parents !

Y a-t-il des choses que tu n’osais pas faire à cause de ton agoraphobie ? 

 

Tout ! Je ne faisais plus rien, j’avais arrêté mes études, je ne pouvais plus aller nulle part, je ne parvenais même plus à aller chercher un pain dans une boulangerie, ou m’éloigner à 100 m de la maison… Et j’avais 27 ans ! J’étais agoraphobe depuis 9 ans et je me suis enfoncée de plus en plus sans rien pouvoir contrôler !
Je ne faisais plus rien. Même rester seule me provoquait de l’anxiété et des crises de panique.

 

Aujourd’hui, tu es nomade digitale en famille, comment vous est venue cette idée ?

Après de longues années de bataille avant l’arrivée de mon premier enfant, j’ai retrouvé un semblant de liberté et une vie à peu près normale. Mais il me restait encore beaucoup de peurs enfouies (aller loin seule, faire des activités seule). Un jour, alors que Christophe et moi travaillions déjà ensemble sur le web, nous nous sommes dit « On peut travailler partout en fait ! Pourquoi ne pas partir, faire une nouvelle expérience ? » L’envie de me prouver que j’étais capable, le fou désir de fouler des terres inconnues, d’aller à la rencontre de nouvelles personnes, d’affronter mes démons sont alors devenus une évidence. Nous allions partir voyager en famille, et l’on ne savait pas quand nous rentrerions. Nous laisserions nos envies, notre capacité d’adaptation faire le reste.

agoraphobe, agoraphobie
Illustration extraite du livre de Muriel, « Moi, Ago »

Quel est ton métier ?

 

Avant j’étais AMP (Aide Médico Psychologique).
Aujourd’hui, je suis monteur vidéo, je crée des vidéos pour les mariés qui n’ont pas eu de vidéaste et qui ont plein de vidéos de leurs invités (souvenirsdemariage), mais je fais également du montage vidéo pour les petites entreprises qui veulent promouvoir leur enseigne, ou un produit spécifique. Je suis également présente pour les particuliers qui veulent un souvenir vidéo d’une fête familiale…

Je crée aussi des vidéos pour négocier les loyers de notre voyage. Nous avons un budget limité et pour faire baisser les prix, je propose une vidéo promotionnelle pour mettre leur bien en valeur sur le web.

 

Sur le papier, ce mode de vie semble incompatible avec l’agoraphobie…

 

Tout à fait ! C’est complètement incompatible et c’est pourtant la meilleure décision que j’ai prise de ma vie : cela m’a permis d’affronter mes peurs une à une, jour après jour et c’est ce qui m’a permis d’aller bien mieux !

 

Estimes-tu que tu as réussi à surmonter cette « maladie » ? Ou que tu as appris à vivre avec ?

 

Je pense sincèrement qu’on ne guérit jamais totalement de l’agoraphobie, mais qu’on apprend à la maîtriser, notamment les crises paniques. Je ne fais plus de crises panique, j’ai appris à contrôler mes pensées, mon corps, et je vis bien ainsi désormais. L’anxiété disparaît au fur et à mesure qu’on reprend confiance en soi, en notre corps, en nos capacités.

 

agoraphobe, lutter contre ses peurs

Ton rôle de maman et tes enfants t’ont-ils aidé à vaincre tes peurs ? 

 

Bien sûr ! Ce sont eux qui m’ont bousculée, forcée à aller plus loin, quand j’étais fatiguée, pas prête, en panique, anxieuse. Je suis allée chez le docteur, le dentiste, aux urgences, dans des magasins, juste pour eux, pour remédier à un problème ou un besoin urgent. Grâce à eux, on ne peut qu’avancer !

 

Est-ce volontaire de ne pas avoir un métier qui t’oblige à rencontrer du monde ? Ou est-ce plutôt lié au mode de vie digital nomade ? 

Forcément, c’est lié au voyage. Juste avant de partir, je travaillais dans un Foyer d’Accueil Médicalisé, je travaillais en équipe auprès de personnes handicapées et vieillissantes. Je rencontrais beaucoup de monde à cette époque, et ce travail m’a permis aussi de continuer à progresser.

 

Depuis quand vivez-vous sur les routes ? Quel mode de voyage avez-vous choisi ?  

 

Cela fait plus de 4 ans que nous sommes partis de France. Nous rentrons en général chaque fin d’année pour les fêtes de Noël, entre un à trois mois.

Nous avons choisi la voiture, car moins polluante que des voyages en avion. De plus, cela nous permet de rester libres, et d’aller là où nous le voulons une fois sur place, pour rayonner autour de notre location et découvrir à 1 ou 2 h les environs. Nous logeons dans des AirBnb. C’est un type de logement que nous adorons, car nous rencontrons les propriétaires, donc une rencontre qui souvent nous apporte beaucoup !

 

Comment se passe l’instruction de vos enfants ?

 

Nous faisons l’Instruction En Famille depuis notre départ. Au départ, nous avons tenté de continuer les programmes scolaires, mais notre fille, l’ainée, nous a vite fait sentir que cela ne lui correspondait pas du tout. Nous sommes arrivés au Unschooling, sans aucun regret. Ils apprennent au fil des mois sur des sujets qui les intéressent, les passionnent. Cette envie leur permet d’apprendre à lire/écrire/compter sans contraintes, sans pression, naturellement. C’est super d’observer ça !

 

Avec la crise sanitaire, la plupart des parents ont été obligés de faire « l’école à la maison ». Toi qui vis cela, par choix, depuis plusieurs années quels conseils pourrais-tu donner aux parents ?

 

Je serai bien prétentieuse de donner des conseils aux parents qui vivent cette « École à la maison » forcée. Nous ne sommes pas dans la même démarche et je pense que ça fait toute la différence. J’ai l’environnement propice au unschooling (du temps, des lieux différents chaque mois) et je n’ai pas de patron qui attend des résultats chaque jour en télétravail. Je gère mon temps comme je le souhaite.
J’adore l’idée que les enfants soient libres d’apprendre, mais c’est difficile avec l’enseignement classique. Je pense que chacun fait comme il peut avec l’enseignement de ses enfants, en fonction de son travail, de son conjoint, du temps qu’on a, etc.

 

 instruction en famille

As-tu parfois des doutes sur les choix de vie que vous avez fait Christophe et toi ?

 

Aucun ! Je sais que j’ai fait le bon choix quand je regarde mes enfants rire chaque jour, jouer librement, apprendre ce qu’ils aiment, sans aucune pression, sans contraintes. Je sais qu’ils réussiront dans leur vie, car ils (Léna et Lissandre) ont compris ce qu’était la liberté de choix et qu’ils sauront faire ce qu’il faut pour rester libres et faire de leur vie ce qu’ils aiment vraiment.

 

Si tu étais face à des femmes qui ont des rêves qu’elles pensent trop grands pour elles, qui n’osent pas vivre la vie dont elles rêvent par peur du jugement des autres, quel message aimerais-tu leur faire passer ?

 

Je ne peux parler que de mon cas personnel, mais je sais que sans combat on n’arrive à rien ! C’est pour chaque combat la même chose, je pense. Il faut continuer, persévérer dans l’effort, et ça paie, forcément. Tôt ou tard, mais forcément, il y a une évolution.
 
Je crois que mon plus grand regret aurait été de ne jamais oser ! Lorsque je ne sortais plus de chez moi, j’ai osé. J’ai accepté les défaites que j’allais me prendre en pleine face avant de déceler une petite victoire. J’ai osé continuer, par désespoir, parce que je n’avais pas trop le choix non plus, et j’ai appris de mes erreurs, de mes failles, pour en sortir une plus grande force. J’ai cru en moi, enfin, et à partir de là, je crois qu’il ne faut plus trop réfléchir. Il faut oser et foncer. On vit pour soi !

 

Y a-t-il autre chose que tu souhaiterais ajouter ?

 

Une citation qui m’a toujours aidée : « Mieux vaut tout perdre que de tricher ». J’ai appris à renoncer aux choses qui me rassuraient, mais qui, je le savais, ne me correspondaient pas. À partir de là, c’est une page blanche devant nous, à remplir de ses rêves…

 

Le témoignage de Muriel te donne envie de sortir de ta zone de confort et vaincre tes peurs ? Toi aussi tu peux faire le choix de prendre ta vie en main. Si tu veux en savoir plus, retrouve Muriel et sa famille nomade sur leurs différents réseaux sociaux (Instagram, Facebook, Youtube). 

De ton côté, qu’est-ce qui t’empêche de vivre tes rêves ?

Très belle journée à toi et n’oublie pas d’être heureuse.

 

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